RAPPORT DE MISSION EN RDC Fev 2011

Par pasteur Stéphane Muntu

PASTORALE  2011 : la conquête des villages

Janvier 2011. Le séjour en RDC  qui ne devait pas dépasser 3 semaines, a duré deux mois et demi. Lors de l’achat du billet de voyage, un premier signe déjà dont je n’avais pas tenu compte: à la commande du billet promotionnel de 30 jours, l’agence m’informe que pour le vol prévu, le dernier venait d’être vendu et me propose avec insistance un billet de 6 mois pour 100€ de plus avec d’innombrables avantages.

 

Le but du voyage  était de présider « la Pastorale 2011″, dont l’objectif était l’évangélisation des villages et le thème « Prendre Possession du Pays, par la Mission, la Multiplication et la Maturité » (baptisé programme « 3P -3M »). Plus de 250 pasteurs et évangélistes étaient présents, dont une centaine œuvrant  en milieux ruraux. Il était important pour nous de les encourager et de les former .Car depuis plusieurs années déjà, nous constatons que l’évangile est abondamment prêché dans  les grandes villes, au détriment de petits centres urbains et villages reculés, dont les populations manifestent  une soif toujours plus grande et jamais  satisfaite.

 De nos multiples voyages en RDC, nous sommes arrivés à cette conviction que tant que la bonne nouvelle n’atteindra pas nos villages profonds, dirigés par des chefs traditionnels, propriétaires des terres,   garants des traditions , coutumes et structures familiales  et gardiens des  «  secrets des ancêtres », la société congolaise se transformera difficilement. La plupart de ces villages sont érigées en forteresses, totalement fermées à l’évangile. Par deux fois déjà, nos équipes  d’évangélisation qui tentèrent d’annoncer la bonne nouvelle dans des villages proches de Kinshasa, en furent violemment chassées et même menacées de mort par des chefs des terres.

 

On ne doit donc pas s’étonner qu’en dépit d’une visitation exceptionnelle du Saint-Esprit  dont les débuts remontent aux années 80, les progrès soient non significatifs au plan du changement mental et de l’impact positif sur la  société. C’est pourquoi, le Collège Biblique Josué et la Mission de Guérison et Restauration des Nations (œuvres de formation et d’éveil spirituel en RDC)  ont décidé d’orienter leur combat  vers ce terrain difficile de guérison spirituelle et mentale.

 La Pastorale est clôturée le 18 janvier, par des engagements pris par les  participants quant à la multiplication du nombre des assemblées dans les milieux ruraux et à l’exploitation des terres  disponibles dans les villages, afin que cela serve d’exemple là où  des assemblées sont implantées. Lorsque la prière finale est dite, à laquelle toute l’assemblée est associée pour demander  à Dieu d’ouvrir les portes des villages, personne ne devine  que le Seigneur nous réserverait une grande surprise à Kinshasa, en nous faisant  un don magnifique, comme réponse à notre prière de foi: les cœurs d’un millier de chefs des terres, représentant toutes les provinces de la RDC. A Lui soit toute la gloire.

 

 

ANNEE DE GRACE : Jésus attire à Lui plus de 1.000 chefs traditionnels 

« Une offrande agréable », écrit Paul (Rom 15 :16) ;  et pour nous « Un magnifique cadeau du jubilé » (50 ans d’indépendance du Congo).

Ce mercredi 2 mars 2011, à notre assemblée de Marais où nous sommes réunis pour jeûner et prier, nous nous attendions à tout, sauf à voir devant nous, assis comme des disciples sur des chaises de l’église, 24 chefs coutumiers (hommes et femmes)  en tenues traditionnelles faites de pagnes ou de costumes de couleurs vives où domine le rouge , de peaux de léopard, de couvre-chefs ornés de plumes d’oiseaux , de coquilles,  et de perles, chacun  tenant dans la main droite une canne ou un bâton, symbole de cette autorité  qui inspire à la fois crainte et interrogations ,à cause des mystères qu’elle incarne.

 Malgré la pluie qui s’abat ce jour sur la ville de Kinshasa (pluie providentielle pour rafraichir et empêcher des foules curieuses n’envahissent les abords de l’église), ils sont venus, rejoints plus tard par une autre délégation de plus de 20 personnes, pour représenter les 11 provinces de la RDC, sans qu’ils sachent exactement ce qui les attendait et ce qu’ils devraient faire. Beaucoup ont avoué avoir appris qu’ils avaient été convoqués pour un rendez-vous à la Présidence ; ce qui n’était pas tout à fait faux, car c’est auprès du Roi des Rois qu’ils avaient été conduits par une mai invisible, mais bienveillante. Et une jeune maman, récemment investie dans son rôle, se mit même à témoigner, en racontant son songe vu à l’aube ,selon lequel  elle s’était vue, elle  avec la délégation d’autres chefs ,en route vers  la présidence de la République, mais étonnamment, elle devait constater que c’était vers une église ; et le matin , en quittant sa maison, elle ne cessait de s’interroger, jusqu’au moment où elle devait réaliser que le rendez-vous concernait la rencontre avec le Seigneur ,là où Il est invoqué et célébré par son peuple.

 Ils sont au total plus de 1.000, ces hommes et femmes, exerçant le pouvoir réel sur les groupements et villages de la RDC et touchés par la grâce du Christ .Depuis  une dizaine d’années, ils  se sont organisés en association de « chefs chrétiens et croyants », convaincus que seul Dieu peut guérir le pays , briser le cycle de la pauvreté et de la mort ,donner la paix réelle et  bénir la nation. Dans leur démarche auprès des autorités civiles et religieuse, ils demandent qu’il soit organisé, avant les élections (prévues cette année) « la journée nationale de repentance avec jeûne et prières pour la délivrance de la RDC », convaincus que c’est la seule voie qui conduira à la paix et au bien-être. Mais comment procéder ?

 Ils se sont d’abord tournés vers les églises instituées  avec une requête précise : « nous avons décidé de  déposer notre autorité, nos terres et le pays aux pieds de votre Dieu, afin  qu’Il guérisse le pays, nous donne sa paix et bénisse nos terres, car  notre autorité est vaine, le sang a trop coulé dans le pays, nos terres sont improductives ». Ils se  référent même à 2 Chroniques 7 :14. Leur démarche est restée, des années durant, au stade des contacts et des réunions sans qu’aucune action concrète ne soit entreprise ; et ce, jusqu’à ce jour du 2 mars 2011, où  nous leur avons offert le cadre pour ouvrir leurs cœurs, se repentir, invoquer le saint Nom du Seigneur Jésus, confier leur vie à Dieu et dédier le pays tout entier au Créateur.

 

Quelle joie de voir  ces chefs à genoux devant le Grand Roi confessant leurs fautes, implorant la miséricorde du Tout-Puissant, chantant,  dansant, sautant , célébrant le Nom du Seigneur Jésus  et appelant la bénédiction sur chacune des provinces! La surprise est totale lorsque le président de l’association des chefs des terres se lève à la fin de la cérémonie pour témoigner : «Ici, nous sommes à Bethleem où Jésus est né ;  cette église est à peine connue à Kinshasa, or  c’est  le lieu que  Dieu  a daigné choisir pour nous visiter et pour ordonner la délivrance du pays ; la journée de repentance au stade ne sera qu’une formalité ». Applaudissements nourris dans la salle.

 

Du coup, les choses se sont accélérées d’une manière étonnante.

- « La Journée nationale de repentance » aura lieu fin juin 2011. Trois ministres sont impliqués dans l’organisation et de nombreux chefs traditionnels adhèrent à la démarche et se joignent à l’association ;

- Les portes s’ouvrent pour l’évangélisation des villages, à la demande des chefs eux-mêmes (plusieurs nous ont dit clairement : « Nos villages sont dès à présents vous, venez prêcher l’évangile ».

- Les plus hautes autorités du pays participeront à cette action historique, à la gloire de notre Dieu.

NB.-Si j’avais acheté le billet de 30 jours, comment aurais-je pu vivre ces moments merveilleux ? 

Le cri des chefs pygmées

 

Une ethnie ignorée, dont on ne parle pas beaucoup, sinon par curiosité à cause de leur petite taille et de leur mode de vie encore au stade primitif. Obligés de vivre en retrait de la civilisation et souvent cachés au milieu de la forêt équatoriale, ils entretiennent bien des légendes, dont la plupart s’avèrent fausses. Il s’agit bien des hommes faits à l’image de Dieu, intelligents et capables d’assumer des responsabilités au sein de  la société.   Certes ils  sont majoritairement de petite taille, mais  nombreux sont ceux qui ont la taille normale. La grâce de Dieu m’a permis d’aller les rencontrer à Kinshasa où vivent 7.000 d’entre eux, en marge de la société urbaine, confinés sur un espace réduit et  sur un terrain marécageux et insalubre. 

Peuple ignoré, stigmatisé et discriminé, oui, mais parfaitement connu et  aimé par Dieu.

Quel bonheur de me trouver face à cette ethnie mythique un après –midi de ce mardi 15 mars 2011. Ils sont là, plus de 150, rassemblés, pour la circonstance, par l’un  de leurs chefs vivant à Kinshasa, pour écouter le message du salut. Ils avaient décliné l’invitation du 2 mars, pour ne pas s’asseoir aux côtés des chefs traditionnels bantu, qui n’ont cessé de les discriminer et de les mépriser.

 

Le contact commence par des cantiques en lingala que l’assistance connait parfaitement et des prières d’actions de grâces. Ensuite, c’est le discours, bien écrit en français, retraçant le calvaire que vit depuis des années «  ces premiers occupants »  des terres africaines. Un cri de cœur d’un peuple meurtri, esclave dans son pays, pillé, privé des droits de la citoyenneté, exclu de la  civilisation et même tenu loin du royaume des cieux. « Malheureusement, disent-ils dans leur mémorandum  de 5 pages, jusqu’à ce jour ,malgré notre bonne foi ,nous n’avons jamais eu dans l’administration publique et ecclésiastique, ni un chef de secteur, ni un député, ni un sénateur ,ni un ministre, ni un gouverneur, ni un prêtre, ni un apôtre, ni un diacre ; et contre notre volonté on nous a privés de participer à l’enrôlement et recensement national lors des élections passées (2005-2006),parce que nous sommes considérés non pas comme des hommes, mais comme des bêtes ,dans la société congolaise bantoue où nous n’avons pas de place ni un mot à dire… ». Ce cri de détresse d’un peuple souffrant de profondes blessures  lui infligées ne peut laisser indifférent quiconque connait l’amour de Dieu pour les déshérités, les opprimés et les pauvres. 

J’y réponds en commençant par citer Actes 3 ,6 : «  je n’ai ni argent ni or ; mais ce que j’ai, je vous le donne : au nom de Jésus-Christ de Nazareth, levez-vous comme peuple, marchez et paraissez ». La cérémonie est courte et circonscrite à l’essentiel : foi en Dieu, repentance, invocation du nom de Jésus, le pardon libérateur des  victimes, le pardon expiatoire des bourreaux auquel je me suis humblement identifié.

Je peux témoigner que le Seigneur nous avait déjà précédés en ce lieu. Aussitôt  les cœurs  ouverts à la grâce du Seigneur, la petite salle  commence à vibrer : c’est l’explosion de joie qui se traduit par des actions de grâces, des chants, des danses, des cris de triomphe…  les hommes, femmes se bénissent mutuellement, s’embrassent… ; enfin, la nuit tombe sur la ville et c’est presqu’en courant que nous quittons ,en nous frayant difficilement le passage, à cause de nombre de mains tendues vers nous pour nous dire au-revoir et  nous inviter à revenir.

Christ  vient de triompher, la haine et le désespoir sont vaincus, la lumière chasse les ténèbres.

 

Là aussi, l’exaucement est presqu’immédiat et va au-delà de ce que l’homme peut imaginer :

- 1 semaine après, une délégation des trois chefs pygmées est reçue à la Présidence de la République  et encouragée ;

- 2 semaines plus tard, les médias nationaux annoncent qu’un pygmée est devenu, pour la première fois, député dans la province de l’Equateur ( c’était une de leurs principales revendications) ;

- La RFI (Radio France International), au même moment,  diffuse  un reportage sur les conditions de vie des pygmées de la RDC, du Congo-Brazzaville et de Centrafrique et dénonce les humiliations qui leur sont infligées et les injustices qu’ils subissent ;

- L’autorité  décide que les pygmées soient immédiatement recensés,  identifiés, enrôlés sur les listes électorales et  encouragés à présenter leurs candidats  aux élections de 2011 et 2012. 

Quelle joie de voir comment le Seigneur peut manifester son amour à l’égard de cette ethnie congolaise de près de 1.000.000 d’âmes, présente dans 8 des 11 provinces congolaises et qui  ont fait de la forêt équatoriale leur mystérieuse demeure ?

  

 

ENTRE LA JOIE ET  L’INQUIETUDE 

Ce que nous avons vécu est certes un sujet de grande joie et d’abondantes actions de grâces.

Mais un souci m’assiège, lorsque je réfléchis à la suite à donner aux grandes attentes qui sont celles des chefs des terres. A ce sujet, certaines questions me viennent à l’esprit :

- Comment faire pour répondre au cri  de détresse  de ces  leaders traditionnels  en quête de Dieu et du Sauveur ? Ce cri n’est-il pas comparable  au cri du   macédonien » de la Bible,  (Actes 16 :9-10 ) ?

- Comment faire pour accompagner cette démarche de foi  de ces chefs  coutumiers qui ont osé prendre la décision de franchir le pas, afin que de leurs bouches retentisse ce  cri de Job : « Mon oreille avait entendu parler de Toi, mais maintenant mon œil t’a vu » ( Job 42 :5) ?

- Comment faire pour former et envoyer des équipes d’évangélisation dans des villages pour y porter le salut,  guérir, renverser  les  forteresses érigées  en traditions et coutumes pendant plusieurs siècles ,pour faire la démonstration d’Esprit et de puissance au milieu d’innombrables séductions, manipulations et mysticismes, faire venir le royaume des cieux (= paix, justice, joie)  et  dresser la bannière du Christ-Roi afin d’éclairer ceux qui sont assis dans les ténèbres et l’ombre de la mort.

Car, nous restons convaincus que la journée nationale de repentance est loin d’être l’objectif de Dieu, dont le plan de salut  va au-delà d’une action limitée dans le temps et l’espace. « Se repentir » c’est ouvrir son cœur, afin que Dieu y restaure son règne (Mat 4 :17). Il s’agit donc d’un point de départ d’un processus de visitation qui prend en compte les héritages des générations passées, des générations présentes et  des générations à venir. Il est heureux de noter que plusieurs chefs sont d’accord de témoigner de leur foi  dans les eaux du baptême.

Soyez tous bénis.

 

Stéphane Muntu, Président de la MISSION et du COLLEGE BIBLIQUE JOSUE

 

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